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Guy Môquet

NOM Prénom : MOQUET (Môquet) Guy
DATE DE NAISSANCE : le 22 Avril 1924
LIEU DE NAISSANCE : Paris
PROFESSION : Etudiant
DATE D'ARRESTATION : 13 Octobre 1940
PRISONS et CAMPS : Santé, Fresnes, Clairvaux, Châteaubriant.
DATE DU DECES : Fusillé le 22 octobre 1941 à la Carrière de Châteaubriant

Guy MOQUET naît à Paris en 1924. Il poursuit des études secondaires au lycée Carnot lorsque surviennent la déclaration de guerre et l'internement de son père, Prosper MOQUET, député communiste du 17ème arrondissement de Paris.

Militant de la Jeunesse communiste, il monte, dès l'été 1940, avec ses camarades, des groupes d'impression, de distribution de tracts clandestins et de collage de papillons.

Arrêté le 13 octobre 1940 à la gare de l'Est par la police française, il est interné à la Santé puis à Fresnes. Libéré le 24 janvier 1941, il est cependant gardé au Dépôt puis transféré, comme interné administratif, à la Santé, à Clairvaux et enfin, en mai 1941, au camp de Choisel (Châteaubriant).

Désigné comme otage le 22 octobre au matin, il est fusillé le même jour à la Carrière de la Sablière, avec vingt-six autres otages du camp, les 16 de Nantes et 5 du Mont Valérien.

Guy MOQUET devient un symbole pour de nombreux groupes de Résistance. Louis ARAGON lui consacre, sous son pseudonyme de « François la Colère », un chapitre du Témoin des martyrs, brochure publiée clandestinement.

Le poète dédie aussi la Rose et le Réséda, paru dans la clandestinité, à : « Gabriel PERI et Honoré d'Estienne d'ORVES comme à Guy MOQUET et Gilbert DRU ».

Le 28 décembre 1944, le Général De Gaulle lui décerne la médaille de la Résistance française et la Croix de Guerre.

Le 9 février 1946, la Légion d'honneur lui est décernée.

1er lieu d'inhumation : PETIT-AUVERNE (Loire Atlantique) 2ème lieu d'inhumation : Cimetière du Père Lachaise avec sa mère et son jeune frère.
La lettre de Guy Môquet avant son départ pour les fusillades. [1]

"Châteaubriant, le 22 octobre 1941.

Ma petite maman chérie,
Mon tout petit frère adoré,
Mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean ; j'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge qui, je l'escompte sera fier de les porter un jour.

A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant.

Courage !

Votre Guy qui vous aime.

Guy"

Dernière pensée : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"

Et les 27

**                  Les fusillés
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Châteaubriant
Les otages

En raison de la personnalité des internés qui se sont évadés en juin 1941 (F. GRENIER, E. HENAFF, L. MAUVAIS, H. RAYNAUD, R. SEMAT) et en novembre 1941 (A. DELAUNE, H. GAUTHIER, P. GAUDIN) les autorités allemandes exercent un contrôle régulier dans le camp. Elles imposent un couvre-feu et l'interdiction de sortir des baraques après 20h 30. (Les WC extérieurs sont interdits)

Le 23 septembre 1941, dix-huit responsables politiques et syndicaux sont parqués dans la baraque 19 du camp P4, avec interdiction de sortir du l'îlot. Quatre autres internés arrivent le lendemain.

Puis le 23 novembre 1941, neuf autres internés seront amenés à la baraque 19.
Les fusillés du 22 octobre 1941

Le lundi 20 octobre 1941, à 7 h 30, un groupe de jeunes résistants abattent en pleine rue du Roi Albert, à Nantes le lieutenant colonel HOTZ, commandant de la place.

Immédiatement, HITLER et le général STUELPNAGEL (commandant des forces allemandes en France) ordonnent des représailles. Les internés sont dès la matinée du 20, consignés dans le camp.

Au début de l'après-midi du 20 octobre, la décision est prise par HITLER et STUELPNAGEL de fusiller 50 otages. STUELPNAGEL le communique le matin du 21 octobre à la direction du camp et indique que 50 autres otages seront fusillés si dans un délai de 8 jours les auteurs de l'attentat ne sont pas arrêtés. Des affiches sont placardées jusqu'à Paris.

Les allemands offrent 15 millions à ceux qui pourraient donner des renseignements sur les terroristes.

Bien qu'au moment de ces décisions, la piste communiste (à propos des auteurs de l'attentat) n'ait pas été trouvée, le préfet PUCHEU avait conseillé aux autorités allemandes de prendre de préférence les otages dans le camp de Choisel. Il avait préparé une liste de 61 noms de communistes « particulièrement dangereux ». Un certain CHASSAGNE (ancien communiste) l'avait aidé pour cette liste, en désignant des militants communistes et syndicalistes de haut niveau, qu'il connaissait dans le camp.

Le mardi 21 octobre 1941, la garde du camp est relevée par les allemands. Grande effervescence. Certains responsables ont eu connaissance de l'attentat de Nantes, et toutes les suppositions pour ses conséquences sont évoquées.

Un gendarme avertit Charles Michels que les responsables politiques vont être fusillés. J.P. TIMBAUD, C. MICHELS rencontrent Odette NILES et Andrée VERMEERSHCH à l'infirmerie. TIMBAUD leur dit : « Si je meurs, je voudrais des œillets rouges » et MICHELS, en les embrassant dit qu' « elles lui font penser à ses filles ».

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, tous les responsables des baraques se réunissent. Chacun donne son opinion. Il est question d'un soulèvement des internés Cet avis n'est pas retenu, une mitraillette étant placée au milieu du camp par les allemands, qui s'en serviraient sans hésitation. Ce serait un véritable carnage. Il est décidé de chanter la Marseillaise au moment du départ des otages.

Le 22 octobre à midi, toutes les baraques sont consignées avec un gendarme devant chaque porte. Le fusil mitrailleur est placé devant la baraque 6.

Mercredi 22 à midi, baraque 19 à 13h30. Les gendarmes arrivent en ordre vers la baraque et l'adjudant poste ses hommes à l'intérieur du camp P2, tout le long des barbelés.

A ce moment les allemands arrivent suivis par le lieutenant TOUYA. Les cœurs se serrent mais aucun des 22 présents n'a peur.

Le lieutenant TOUYA prononce ces mots :

« Salut, messieurs, préparez-vous à sortir à l'appel de votre nom. » 16 noms sont prononcés. 11 internés seront encore appelés dans différentes baraques, dont Guy MOQUET, à la baraque 10 et GARDETTE, malade à l'infirmerie, le dernier. Tous sont dirigés vers le camp P2, baraque 6.

La baraque 6

La baraque 6 : chaque otage reçoit alors une feuille de papier et une enveloppe pour la dernière lettre à sa famille. L'abbé MOYON, mandé par les autorités arrive dans la baraque, le curé de Châteaubriant n'ayant pas voulu venir au camp. Aucun condamné n'accepte le ministère de l'abbé, mais celui-ci prend la correspondance et les objets destinés aux familles. Eugène KERIVEL est autorisé à faire ses adieux à sa femme, internée comme lui dans le camp.

L'abbé MOYON sortira quelques minutes avant les otages. Les allemands lui interdirent de les accompagner sur le lieu du supplice.

Sur les planches de la baraque 6, les condamnés ont inscrit leur dernière pensée concernant l'idéal pour lequel ils ont lutté.

A 15 h 15 les camions sont arrivés pour le transport des 27 otages. Dès leur départ ceux-ci chantent la Marseillaise. A ce moment tous les internés forcent les portes de leurs baraques, et dans un élan unanime ils se rassemblent et chantent une vibrante Marseillaise, en réponse à celle de leurs camarades qui vont être fusillés, « La Marseillaise, reprise, si scandée, jaillissante. Ah ! Ce n'est pas la Marseillaise des psalmodies officielles. C'est à nouveau la Marseillaise des combats, de la bravoure, de l'héroïsme, des victoires, la Marseillaise vengeresse de 93 et des grands jours de l'histoire nationale. »

Les internés sont avisés que leurs compagnons seront fusillés par 9 en trois fois, à 15 h 45, à 16, et à 16 h 15.

La dernière salve est entendue au camp. Un silence absolu règne. Tous les internés pensent à leurs compagnons qu'ils côtoyaient chaque jour et qu'ils ne reverront plus. L'appel aux morts est prononcé par Henri GAUTIER. A chaque nom, un autre interné répond « fusillé »

Le lieu de cette tragédie fut une carrière de sable aménagée spécialement à 2 km du camp. Le long de la paroi nord, devant un rideau d'ajoncs et de genêts, 9 poteaux furent plantés de 5m en 5m.

A 12 mètres devant, un officier s'appuyait le long d'un arbre pour commander un peloton d'exécution de 90 hommes.

Les condamnés avaient refusé d'avoir les yeux bandés et les mains attachées, ils chantèrent jusqu'au bout la Marseillaise. C'est la dernière salve qui interrompit le dernier chant.

Des lambeaux de chair furent projetés dans les herbages. On retrouva plus tard les lunettes du professeur GUEGUEN, maire de Concarneau. Les corps furent entassés dans les camions et les dépouilles jetées à gauche de l'escalier d'honneur de l'ancienne salle des gardes du château de Françoise de Foix à Châteaubriant. Chacun, en suivant les traces du sang qui s'échappait des camions pouvait connaître leur parcours.

Les premiers échos de Châteaubriant arrivèrent rapidement au camp. Les otages avaient traversé la ville sans cesser de chanter la Marseillaise. Les habitants sur leur passage se découvraient respectueusement. Dès le lendemain, les Castelbriantais voulurent se recueillir et déposer des fleurs au pied des poteaux. Une première manifestation importante eut lieu le dimanche suivant.

Pour les allemands le nombre des otages n'étant pas respecté, 21 otages sur les 23 qui manquaient encore furent pris à Nantes, dont 16 furent fusillés au champ de tir du Bêle et 5 au Mont Valérien. Parmi ces otages de Nantes, il y avait peu de communistes, mais beaucoup d'anciens combattants.

Pendant cette tragique journée, les femmes ont suivi minute par minute le déroulement des événements. En effet l'emplacement de leur baraque permettait de voir tout le camp P2. Viviane DUBRAY, était montée sur une table, voyait par l'imposte tout ce qui se déroulait, en rendait compte aux autres. Le lendemain elle écrivit un poème, cité plus loin.

Après le 22 octobre, l'angoisse persiste. Les internés restés à la baraque 19 sont persuadés qu'ils sont en sursis. Malheureusement, tout se précisera en décembre 1941.

Fusillés de Châteaubriant - 22 octobre 1941

AUFFRET Jules, 39 ans
BARTHELEMY Henri, 58 ans
BARTOLI Titus, 58 ans
BASTARD Maximilien, 21 ans
BOURHIS Marc, 44 ans
DAVID Emile, 19 ans
DELAVACQUERIE Charles, 19 ans
GARDETTE Maurice, 49 ans
GRANDEL Jean, 50 ans
GRANET Désiré, 37 ans
GUEGUIN Pierre, 45 ans
HOUYNK KUONG, 29 ans
KERIVEL Eugène, 50 ans
LAFORGE Raymond, 43 ans
LALET Claude, 21 ans
LEFEVRE Edmond, 38 ans
LE PANSE Julien, 34 ans
MICHELS Charles, 38 ans
MOQUET Guy, 17 ans
PESQUE Antoine, 55 ans
POULMARC'H Jean, 31 ans
POURCHASSE Henri, 34 ans
RENNELLE Victor, 53 ans
TELLIER Raymond, 44 ans
TENINE Maurice, 34 ans
TIMBAUD Pierre, 31 ans
VERCRUYSSE Jules, 48 ans

Les derniers mots

Les planches de la baraque 6 (22 octobre 1941)

Les otages consignés dans la baraque 6 écrivent leur dernière lettre et notent également sur les planches leurs dernières pensées :

« NOUS VAINCRONS QUAND MEME. »
Jean Grandel

« VIVE LE PARTI COMMUNISTE. QUELQUES MOMENTS AVANT DE MOURIR. FUSILLE PAR LES ALLEMANDS. BAISERS A MA FEMME ET A MON CHER MICHEL. »
Jules Vercruysse

« CAMARADES QUI RESTEZ SOYEZ COURAGEUX ET CONFIANTS DANS L'AVENIR. »
Les 27

« JE MEURS COURAGEUX ET PLEIN DE FOI REVOLUTIONNAIRE. »
Maurice Gardette

« ADIEU ! ADIEU ! CAMARADES PRENEZ COURAGE. NOUS SERONS VAINQUEURS. VIVE L'UNION SOVIETIQUE. »
Jules Auffret

« VIVE LE PARTI COMMUNISTE QUI FERA UNE FRANCE LIBRE FORTE ET HEUREUSE. »
Titus Bartoli

« MORT POUR SON PARTI ET LA FRANCE. »
Edmond Lefevre

« LES CAMARADES QUI RESTEZ SOYEZ DIGNES DE NOUS QUI ALLONS MOURIR. »
Guy Moquet

« VIVE LA FRANCE. » Charles Michels

« LES 27 QUI VONT MOURIR GARDENT LEUR COURAGE ET LEUR ESPOIR EN LA LUTTE FINALE, LA VICTOIRE DE L'URSS ET LA LIBERATION DES PEUPLES OPRIMEES. »
Emile David

« SOUVENIR D'UN FUSILLE. »
Houynck Kuong

« VIVE LE PC QUI FERA UNE FRANCE LIBRE, FORTE ET HEUREUSE. »
Thimbaud, Barthélémy, Pourchasse

« ADIEU ADIEU CAMARADES PRENEZ COURAGE NOUS SERONS VAINQUEURS. VIVE L'UNION SOVIETIQUE ! JULIEN FUSILLE PAR LES ALLEMANDS. »
Julien Lepanse

« AVANT DE MOURIR LES 27 SE SONT MONTRES D'UN COURAGE ADMIRABLE. ILS SAVAIENT QUE LEUR SACRIFICE NE SERAIT PAS VAIN ET QUE LA CAUSE POUR LAQUELLE ILS ONT LUTTEE TRIOMPHERA BIENTOT. VIVE LE PARTI COMMUNISTE. VIVE LA FRANCE LIBEREE. »
Timbaud. Poulmarch. Pourchasse.

Les planches furent découpées par les internés dont Pierre GAUDIN, et transportées par Roger PUYBOUFFAT le dentiste qui n'était pas encore arrêté et qui venait soigner les internés.

Ensuite c'est la fille de Pierre GAUDIN, Esther, âgée de 16 ans, qui les acheminera jusqu'à Nantes.

Timbaud Jean-Pierre

**Jean-Pierre Timbaud
(Payzac (24), 20 septembre 1904 - Chateaubriant (44), 22 octobre 1941)


Jean-Pierre Timbaud, ouvrier et syndicaliste de la métallurgie, est mort fusillé par les nazis en criant "Vive le Parti communiste allemand". Mais au délà de son ultime apostrophe aux bourreau, son activité syndicale et politique méritent notre attention.

Jean-Pierre Timbaud est né dans une famille limousine qui s'était installée à Paris. Son père est employé dans une papétrie  qui fabriquait des papiers spéciaux pour les viandes de boucherie. Sa mère travaille à domicile. Il est l'aîné de sa fratrie, qui comprend aussi un frère et deux soeurs. Ils vivent à 6 dans un 3 pièces du XIe arrondissement.
Il a dix ans quand la boucherie de 14-18 commence. Son père part dans l'Infanterie, et sa mère retoune - avec les quatres enfants - "au pays", à Payzac(24). Là Jean travaille aux champs, garde les animaux. Et fait beaucoup l'école buissonière, tant pour s'occuper des tâches de la ferme que par malice.

A treize ans, à la fonderie
Son père, après avoir servi deux ans comme brancardier est libéré de ses obligations militaires, parce que père de quatre enfants, mais il est affecté dans une usine de fabrication de matériel de guerre, à Decazeville, dans l'Aveyron(12). Jean a 13 ans, il n'y a plus de place pour lui à l'école primaire (c'est sans doute ce qui fait qu'il était bien plus un brillant orateur qu'un grand écrivain), il doit donc apprendre un métier: ce sera la  fonderie. Il gardera souvenir du travail difficile à la fonderie, et lui consacrera son premier article imprimé quand il sera élu secrétaire du Syndicat unitaire des matallurgistes parisiens.
La guerre finie, la famille Timbaud retourne dans le XIe, et Jean  apprend son métier et travaille dans une petite fonderie (la fonderie Devallui qui compte une dizaine d'ouvriers) près de chez lui. Il y reste 3 ans, puis va à la fonderie Debard, puis va travailler dans les petites fonderies du quartier du marais, où il apprend à être mouleur. Il profite, au cours de ces changements d'entreprises, des occasions qui se présentent pour toucher un meilleur salaire.
Nous sommes en 1923, et Jean-Pierre Timbaud est membre des Jeunesses Communistes depuis plus d'un an. Il est aussi licencié à la Fédération sportive du travail (organisation sportive proche du PCF), où il pratique l'athlétisme.

Le service
Jean-Pierre Timbaud va passer par le service militaire. Il l'effectue dans le 25e Régiment d'Infanterie à Nancy, pour 18 mois à partir de novembre 1924. Avant de partit, comme à tous les jeunes des JC, on lui avait rappelé la phrase de Lénine "Apprend bien le métier des armes, non pas pour t'en servir contre tes frères...". Il passera quelques nuit dans la salle de police sanctionné parcequ'il avait une tenue non conforme (il s'était préparé pour aller au bal) ou pour avoir manqué de zèle dans l'exécution d'un ordre(!). A la prison civile de Nancy, il doit garder ses camarades militants communistes condamnés pour leur action contre la guerre du Rif (1925-26). C'est dans cette prison de Nancy que Maurice Thorez sera incarcéré en juin 1929, pour des condamnations sur la guerre du Rif...
Mais ses obligations militaires n'ont pas tué le militant. Parfois, Jean-Pierre Timbaud fait le mur pour aller coller en ville des papillons contre la guerre du  Rif, parfois même dans des enceintes militaires, ce qui déclenchera des réaction du ministère de la Guerre. Un des camarades de Timbaud, fera 45 jours de prisons parcequ'il était soupçonné d'avoir participé à la distribution de tracts.

De retour à la vie civile
A son retour dans la vie civile, Jean-Pierre retourne dans les petites fonderies du Marais, passant de l'une à l'autre en fonction du salaire proposé. C'est alors une pratique assez courante chez les syndiqués de ces petites entreprises, une trace de l'anarcho-syndicalisme... Timbaud diffuse le journal de la séction technique de la fonderie - constituée au sein du Syndicat des métaux - et est repéré par le sécrétaire de cette section qui lui donne plus de responsabilités et de moyens. A cette époque, le syndicaliste doit souvent travailler sous un nom d'emprunt, car le sien figure sur les listes noires des patrons. Au bout d'un moment, c'est même son signalement précis que s'échangent  les patrons. Jean-Pierre Timbaud est alors embauché dans la fonderie d'Antoine Rudier dans le XVe, qui réalise des travaux pour les artistes: les statues de Maillol, Renoir, Rodin, Bourdelle, Despiau. Dans cet entreprise la qurantaine d'ouvriers mouleurs et ciseleurs sont tous syndiqués CGT unitaire. Le travail chez Rudier permettra à Jean-Pierre Timbaud de progresser, non seulement professionnelement, mais aussi syndicalement.
Depuis novembre 1926, il fréquente Pauline, mécanicienne en chassures, qu'il a rencontré lors d'un bal à Belleville. Ils se marient en mars 1927, et ont une fille, Jacqueline, en 1928. La famille habite d'abord chez la mère de Pauline à Rosny-sous-bois (93) puis dans un deux pièce dans la même ville.
Timbaud était passionné par son travail, et bien occupé du fait de ses activité syndicales. Il est même devenu assez vite secrétaire-adjoint de la cellule du PCF de l'entreprise ainsi que délegué élu par ses camarades de chez Rudier, au coté du secrétaire de la section syndicale, Peyraud.
En 1928, il devient membre du bureau du sous rayon, on lui demande de participer aux actions communes chez Citroën, la plus importante entre prise du XVe. Il faut diffuser les tracts, présenter les positions, ce en évitant les camelots et - surtout - la police. Il y a des "bagarres", des jets de boulons sur les forces de l'ordre avant qu'elles ne cherchent à intervenir. Et même s'il n'y a plus de bagarres; il faut ruser pour éviter de se faire arrêter et de passer la nuit au poste, et là, la pratique de l'athlétisme a bien aidé Timbaud.

La crise
La crise de 1929 frappe, avec la misère, le chômage, les réductions de salaires, et... le maintien ou l'augmentation des profits des grandes entreprises comme Renault ou Citroën. C'est dans ce contexte, en 1931, que Timbaud est élu à l'unanimité à un poste de secrétaire du syndicat unitaire des métaux de la Région parisienne. Il faut alors aller, quasiment chaque jour, parler devant les grands bagnes de la région parisienne. Et il faut, encore, éviter la police, semer les RG en filature, indiquer de faux lieux pour les distributions de tracts, qui se tiendront en fait à l'auter bout de Paris... Certaines manifestation sont interdites mais ont quand même lieu, il faut alors amener les participants par petits groupes, menés par un homme de confiance...
La paye du syndicat est plus faible et plus irrégulière que celle de chez Rudier. Pauline reprend un travail pour que "ça passe". Et non seulement Timbaud a ses responsabilités syndicales, mais en 1932, il est envoyé en stage à l'école centrale du Parti, et sera candidat dans le XVe pour les éléctions législatives. Le PCF sort tout juste de la lutte contre le groupe Barbé-Celor, qui négligeait la lutte pour le pain. Il faut coller les affiches, prendre la parole... Et Timbaud récolte  8.812 voix. En 1936, Charles Michels, pour le PCF, et qui lui aussi sera fusillé à Chateaubriant aux c^tés de Timbaud, remportera le XVe, avec 13.708 voix...

La grève de Citroën du printemps 1933
Secrétaire au Syndicat des métaux, il apprend aux cotés d'Alfred Coste, de 15 ans son ainé. La première grande grève dirigée par Timbaud, est celle de Citroën en mars-avril 1933. Il démontre ses capacités d'organisateur. On a déjà vu que les salaires baissaient alors que les profits grimpaient... Le 28 mars 1933, dans un atelier du XVe, la direction veut baisser les salaires de 18 à 20% (!). C'est ce qui va permettre à la CGT unitaire de lancer le mouvement, avec Timbaud et les divers échelons de la CGTU, mais aussi l'appui Alfred Costes, Eugène Hénaff, Henri Raynaud, Ambroise Croizat et même Benoît Frachon, représentant le syndicat, l'Union régionale, la Fédération ou la Confédération. Mais attention! Selon Timbaud lui même, ce mouvement fut [...] beaucoup plus la conséquence de la volonté des ouvriers que d'une préparation minutieuse de la aprt de nos organisations syndicales à l'intérieur de l'usine. Sur toutes les usines Citroën de la région parisienne, pour 18.000 ouvriers, il y a à peine cent syndiqués! Timbaud poursuis, toutefois si le mouvement n'a pas été préparé, nos sections syndicales ont réagi imédiatement dès le début de l'attaque. L'atélier victime de la baisse de salaire débraye à 9 heures du matin. A midi les responsables du syndicat vont aux portes des diverses usines Citroën faire circuler le mot d'ordre d'appui à l'atelier victime. A 13h30, c'est le débrayage général, on désigne les délégués, qui allaient diriger par la suite la grève, au sein d'un Comité central de grève unitaire comprenant 80 membres unitaires ou confédérés, communistes ou socialistes, organisés ou inorganisés.
Le Comité central de grève va récolter des fonds pour ses activités, éditer des tracts, manifester avec les copains de Renault Billancourt, remettre la presse face à ses responsabilité... La repression sera forte, des centaines d'arrestations, des condamnations à des semaines ou même des mois de prison... Mais lors de la rentrée suite à un certain essouflement, alors que Citroën a abandonné son projet de diminution de salaire, il suffit de quelque jours pour remotiver les ouvriers, et à nouveau occuper l'usine! Après 35 jours de grève, Timbaud souligne qu'il faut savoir finir une grève au moment ou le rapport de force est le plus favorable à la classe ouvrière et souligne que cette victoire a été emportée parceque l'unité était faite, dans l'application d'une large démocratie prolétarienne. Et les effets se font tout de suite sentir. De 100 syndiqués, la CGTU passe à 1.400 adhérents! Les conséquences vont au délà de Citroën. Selon Frachon, Renault renonce à de semblables diminutions de salaire.

Le "Front Popu"
En décembre 1933, janvier et fevrier 1934, les fascistes français cherchent à suivre l'exemple de leurs homologues allemands ou italiens.Ils manifestent au Quartie Latin, puis boulevard Saint-Germain. Le soir du 6 fevrier 1934, peut être 100.000 fascistes et cagoulards manifestent place de la concorde. Des antifascistes mobilisent, dont Timbaud, dénonçant la menace réactionnaire, appelant à l'unité de toutes les forces populaires. Ce soir là, dans les émeutes, les fascistes tentant de s'attaquer à l'assemblée nationale, il y a 16 morts dont un policier.
Deux jours après, le 9 fevrier, le PCF et la CGTU appellent à manifester aux alentours de la place de la République. La manifestation étant interdite, la police chargera. Il y aura là aussi des morts. Timbaud est présent, sur les barriquades de Belleville.  C'est la naissance du Front Populaire, naissance à la base, confirmée 3 jours après lors de la manifestation unitaire du 12 fevrier, à l'appel de la CGT, de la CGTU, du PCF et de la SFIO. C'est cet exemple là, entre autre, qui permettra à Dimitrov de présenter les thèses du VIIe Congrès de l'Internationale Communiste en août 1935.
En octobre 1934, les élections municipales ont lieu dans le cadre de ce Front Populaire. Le nouveau maire PCF de Gennevilliers (92) Jean Grandel (qui sera lui aussi fusillé aux côtés de Timbaud à Châteaubriand le 22.10.41) propose à Timbaud un poste d'employé municipal avec des horaires adaptés pour lui permettre de mener son activité syndicale. Il est le responasble intersyndical d'une zone comprenanr Asnières, Gennevilliers, Levalois, Clichy et Colombes, et se fait petit à petit connaître de l'ensemble des salariés de cette zone. Il réaliseun grand travail, nottament en habituant les syndiqués à éditer et diffuser eux-mêmes leur propre matériel...
C'est devant ces réussites que Grandel propose à Timbaud de mener à bien un projet ambitieux de la jeune mairie communiste: créer sa première colonie de vacance scolaire. Et en 1935, est inaugurée à Granville(50) "Le château du Bonheur" que la ville ne revendra qu'en 2003. Le premier directeur? Timbaud!
Mais Timbaud est assez vite rappelé par le syndicat, et participe au congrès de l'unité de Toulouse en mars 1936. Il participe ensuite aux grèves de mai juin 1936 (avec les premières occupations d'usine, pour éviter le "lock out"), par exemple en allant saluer les 33.000 salariés de Billancourt. Le 7 juin, les accords de Matignon accordent des augmentations de salaires, en moyenne 30%, et même jusqu'à 400% pour des ouvrières de Verdun! Fin Juin, en quatre jours, trois lois: les deux semaines de congés payés le 20 juin, la semaine de 40h payée 48 le 21, et les conventions collectives le 24!
Timbaud ira apporter aux Brigadistes en Espagne républicaine, sur la Sierra en décembre 1937, les fonds recueillis pour eux dans les usines. Il portera la paroles des volontaires à son retour en France.
Il participe aux agitations de l'après Munich, alors que le PCF dénoncait la politique capitularde de Daladier. Il est poursuivi et condamné, avec une cinquantaine d'ouvriers de Renault sur plainte de cet employeur. Déjà la bourgeoisie veut interdire le PCF. Elle se servira du pacte germano-soviétique d'excuse.

Drôle de guerre, Résistance, puis l'incarcération
Timbaud est mobilisé. Il sera le chauffeur d'un officier, peut être par peur du rôle qu'il aurait pu jouer dans une unité combattante...? A la démobilisation il quitte son officier remonte à Paris, et participe à la constitution des comités syndicaux clandestins et à la diffusion de La Vie Ouvrière avec Marcel Paul, Henri Gauthier, Jourdain, Tanguy, Sémat. Mais dans ces embryons de la Résistance, l'organisation n'est pas suffisament cloisonnée. Au début d'octobre 1940 des militants syndicaux sont arrêtés (Hénaff, Michels, Grandel etc...). Le 18 Octobe, c'est au tour de Timbaud.
Il est d'abord incarcéré à Aincourt(95) où il retrouve des centaines de camarades, puis avec d'autres il sera déplacé le 5 décembre 1940 à la prison centrale de Fontevrault, près de Tours (37). Et là déjà, pour marquer la cohésion, pour marquer la fidélité à l'engagement, on chante Rodina chant patriotique des peuples de l'Union Soviétique. Il faut aussi se battre pour améliorer un peu les conditions de détention. On s'entraide, on s'apprend mutuellement ce que l'on sait.
Puis le 21 janvier 1941, c'est Clairvaux (10). Là  où avant lui était passés, entre autres, Auguste Blanqui ou André Marty. Et encore des chants, La Marseillaise.
En mai, c'est le départ pour Châteaubriant (44). Et là dans le camp, 400 patriotes - presque tous des communistes - profitant des besoins des gardiens, placent de hommes sûrs aux postes occupés par des prisonniers (un peu comme celà se passait à Buchenwald, même si Châteaubriant n'est en rien comparable à Buchenwald), par exemple au bureau du capitaine de gendarmerie, préparant l'action. On se réparti les corvées (cuisine, nettoyage...). Et grâce aux "placés", 4 évasions auront lieu. Henri Raynaud et Fernand Grenier, le 18 juin au matin, puis Eugène Hénaff l'après midi, et Léon Mauvais le lendemain (Henri Sémat avait profité d'une "permission" pour le decès de son père pour ne pas rentrer). Parmi les 4 évadés, 3 sont membres du CC du PCF. Les deux premiers sortent en profitant de la relève de la garde, sortis "pour une corvée" devant une première équipe de gendarme, l'équipe "relevante" ne s'étonnant pas du non-retour de prisonniers qu'ils ne savaient pas sortis. Puis grâce au copain placé dans le bureau de capitaine, Hénaff et Mauvais sortent en utilisant des permis de visite, se faisant passer pour, justement des visiteurs. Ces évasions mettront fin aux visites des familles. Durant tout son internement, Timbaud n'aura vu sa femme et sa fille, les deux grands amours de sa vie, uniquement deux fois!
Au camp, on partage les colis reçus des familles, qui se privent déjà pour leurs internés. On organise des cours. Certains sont déjà victimes des bourreaux vichystes ou nazis. Alors qu'on fête le 37e anniversaire de Timbaud, une détenue, Françoise Brechet vient de perdre son mari guillotiné, qui avait crié, avant de passer la tête sous le couperêt de la guillotine "Vive le Parti Communiste! Vive la France!"

Fusillés en Martyrs
Le 19 octobre 1941, un officier nazi est abbatu à Nantes. Des soldats allemands viennent relever les gendarmes. On s'organise, et on décide de faire face aux bourreaux avec unanimité et sans défaillance. On pensa un moment déclencher un soulévement général, mais finalement devant la crainte d'un massacre plus grand encore, cette idée fut abandonnée.
Le 22, avant d'aller mourrir, on finit tous les colis qui restaient. La liste des otages retenus pour être fusillés  est communiquée après le repas. 27 Détenus de Châteabriant, parmi eux 23 communistes sont dans cette liste. Dont Jean-Pierre Timbaud. Désignés par le ministre de l'Intérieur Pucheu. Ils sont isolés dans une baraque, où ils écrivent leur dernière lettres, et laissent quelques mots sur les murs.
Timbaud signe nottament ces apostrophes: "Avant de mourrir les 27 otages se sont montrés d'un courage admirable. Ils savaent que leur sacrifice ne serait pas vain et que la cause pour laquelle ils ont lutté triomphera bientôt. Vive le Parti Communiste. Vive la France libérée de ses ennemis." ou encore "Camarade qui restez, soyez courageux et confiants dans l'avenir." Il dit dans sa lettre à sa femme et à sa fille: "c'est vous qui êtes à plaindre [...] Vive la France! Vive le prolétariat international!".

A 15h15, ils sont emmenés dans une sablière à deux kilomètres du camp pour y être fusillés. Timbaud "protège" et soutien le jeune Guy Môquet, 17 ans, qui fait partie des 27. Timbaud dit au sous-lieutenant de gendarmerie Touya "je ne suis qu'un ouvrier, mais je ne voudrais pas salir ma cote comme tu souille ton uniforme."
En partant, on chante encore et toujours. La Marseillaise, La jeune garde... Puis devant les fusils,  où ils passent par séries de 9 à 15h55, 16h et 16h10, les mains libres, les yeux ouverts et non bandés, à nouveau La Marseillaise, et aussi L'Internationale. Et Timbaud, lui, choisis de tomber en criant "Vive le Parti communiste allemand!"




Sa fille Jacqueline a nottament signé - avec d'autres - récemment un appel à Luc Ferry (en novembre 2003) pour faire connaître aux élèves l'Histoire des fusillés du Mont Valérien, à l'occasion de la sortie d'un film Mont Valérien, aux nom des fusillés et du livre Lettres de fusillés, 1941-1944.

Ils ont dit de lui...

    Louis Aragon: "Une sorte de force gaie. [...]
Le nom de Timbaud parmi ceux des otages de Châteaubriant devait être ma raison directe, ma raison individuelle d'accepter la tâche clandestine qui m'incombait alors."
    Fernand Grenier: "Un de ces militants qui souffrent d'avoir un article à écire [...] mais un agitateur né, une connaissance extraordinaire - jusque dans ses détails - du mouvement syndical. [...] [Par son ultime cri] il renouait au plus fort du drame, la chaine de fraternité entre les ouvriers des deux pays... celle forgée par l'ouvrier mineur Maurice Thorez et le docker Ernst Thaëlmann."
    Léon Mauvais: "Timbaud a toujours fait montre d'une confiance d'une foi ardente dans les destinées de la classe ouvrière française et internationale."
    Benoît Frachon: "Lancer fièrement à la face de ceus qui vont vous fusiller parceque vous êtes un communiste cette déclaration cinglante et pleine de certitudes en l'avenir, "Vive le Parti communiste allemand", n'est pas à la portée de tous.[...]
Jamais je n'ai entendu Timbaud se plaindre, rechigner, trouver qu'on lui demandait trop ardu.
Avec cela patient et tenace, acharné à faire triompher, à imposer en fin de compte ce qui n'était encore qu'un devenir incertain."


Quelques éléments bibliographiques:
Jean-Pierre Timbaud de Lucien Monjauvis (Editions Sociales, 1971)
Ceux de Châteaubriand de Fernand Grenier  (Editions Sociales, 1971)
Le Témoin des Martyrs par Louis Aragon (1942)
Lettres de fusillés 1941-1944


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