 Hirsch: l'abbé quille les pauvres |  | Le RSA de l'abbé Hirsch : la croix et le kärcher
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A ceux qui arrivent chez Emmaüs en disant : « Je ne sais pas conduire ni cuisiner, il y a quand même une place pour moi ? Je ne sais rien faire », on répond : « Ça, ça n'existe pas. Tu sais pousser une tondeuse ? Alors, pose ton sac, tu commenceras demain. » Martin Hirsch, interwiew de l'Express, 2003
Martin Hirsch ne le cache pas : demain, ce sera travail obligatoire pour tous. Ce que ne dit pas Martin Hirsch, c'est que le gars qui a posé son sac, lorsqu'il arrivera à l'âge de la retraite, lorsqu'il ajoutera ses 6 ou 10 ans d'activité chez Emmaüs à ses 30 ou 36 ans de cotisations ailleurs, il s'entendra répondre : Ah non, vous devez rester au RMI et attendre le minimum vieillesse à 65 ans, Emmaüs ne cotise pas aux caisses de retraite.
Ce sera donc Martin Hirsch, le grand patron des Rmistes et autres “Assistés”.
Normal, pour un homme dont les projets pour les allocataires des minima sociaux ont fait l'unanimité pendant la campagne : de l'UMP aux Verts, en passant par Bové et Royal, tout le monde l'a dit et répété : le Revenu de Solidarité Active, c'est l'avenir radieux de la France d'après, d'ailleurs déjà expérimenté dans la France d'avant, quatre départements pilotes de droite et de gauche l'ayant d'ores et déjà adopté. Seulement, le RSA, c'est comme la sécurité sociale professionnelle, tout le monde est d'accord, de la CGT à Sarkozy, tout le monde en cause, sur les plateaux de télé, dans les universités alternatives ou pas, mais au fait c'est quoi ?
D'un côté le discours de Martin Hirsch : éradiquer la pauvreté, faire en sorte que la reprise d'emploi ne s'accompagne pas d'une baisse de revenus.
De l'autre, le discours de Sarkozy contre les Assistés", la suppression du RMI donnée comme une promesse de campagne.
Au milieu, les concernés, des millions d'allocataires des minima qui cherchent à comprendre à quelle sauce on va les manger. Le RSA n'est pas une rupture
Le RSA n'est pas une rupture mais l'aboutissement d'expériences diverses et simultanées de destructions des droits existants sous prétexte de remise à plat.
Le credo qui le soutient est un classique. La question à laquelle prétend répondre Martin Hirsch est la suivante : pourquoi les bénéficiaires de minima sociaux hésitent-ils à reprendre un emploi ?
Vision microcosmique des problèmes sociaux : le problème initial, le point de blocage, ce serait l'allocataire et le prétendu choix qu'il ferait à un moment donné. Cela n'aurait rien à voir avec la réalité du marché de l'emploi, avec un quelconque rapport de forces employeurs-salariés, qui aurait créé une catégorie sociale qui doit vivre avec moins de 400 euros pour une personne seule !
Vision de l'emploi comme étant une donnée brute et intangible sur laquelle aucun compromis, aucun choix n'est possible. A aucun moment en effet, Martin Hirsch ne se pose la question de quels emplois sont proposés aux allocataires du RMI. Son optique en effet est purement utilitaire : il y a des emplois non pourvus, la situation idéale, c'est que les allocataires des minima les prennent, point barre.
Pour lui, s'ils ne les prennent pas, une seule raison éthiquement acceptable : en travaillant dans un temps partiel subi, en occupant ce qu'il appelle des emplois disqualifiés, l'ex Rmiste ne voit pas son revenu augmenter.
Donc le RSA, ce sera agir sur le revenu.
Nous verrons par la suite en quoi consiste cette action mais il faut d'abord souligner ce qui est sous entendu : pas moins que la négation de toute possibilité de choisir son emploi et son domaine d'activité.
Pour Martin Hirsch, l'entrée dans l'emploi est une bonne chose pour l'allocataire, comme pour la société, quel que soit cet emploi.
Ainsi, dans toutes les expérimentations en cours actuellement, les premières mesures prises concernent l'orientation des allocataires vers des secteurs d'emploi prédeterminés. A Paris, l'expérience en cours concerne ainsi les artistes : il s'agit de rapprocher l'offre et la demande, les entreprises du secteur définissant leurs besoins, les formations et les actions ensuite financées par le département dépendant de ces besoins. Dans l'Oise, il s'agit d'imposer immédiatement aux nouveaux entrants dans le RMI, une convocation collective pendant laquelle seront rappelés les fameux devoirs, principalement se conformer aux actions d'insertion dans l'emploi, toutes conçues en lien avec les entreprises du département. Le système du RSA introduit donc d'emblée une contrainte indépassable pour ceux qui sont allocataires des minima : reprendre un emploi, celui qu'on choisira pour eux.
Donc en priorité ceux dont personne ne veut, les plus durs, les plus chiants, les plus précaires, quoi qu'en dise notre haut commissaire. Mais aussi des emplois pour lesquels on n'est ni formé ni prêt : combien de Rmistes sont aujourd'hui, pour quelques mois, dans l'Education Nationale à assurer sans aucune formation préalable une présence quotidienne auprès d'enfants ?
Le RSA, c'est donc d'abord un système où les désirs de l'allocataire où sa formation où ses expériences professionelles antérieures n'ont plus aucune importance.
Oui, mais si c'est pour gagner plus ?
A priori, logiquement, un travailleur peut gagner plus ... si son employeur augmente les salaires. A priori si un Smicard ne gagne pas grand chose de plus qu'un Rmiste, c'est que le SMIC est outrageusement bas. Si la perte de la CMU le conduit à dépenser plus en soins, c'est que la partie différée du salaire que constituent les prestations de Sécurité Sociale est de plus en plus petite (pas étonnant vu le montant des exonérations des cotisations patronales). Même chose pour le coût du logement : le 1% patronal payé par l'immense majorité des smicards et censé leur garantir l'accès au logement social est depuis longtemps utilisé à d'autres fins ... comme la destruction des HLM existants.
Mais Martin Hirsch n'a que faire de cette vision sociale. Comme son prédecesseur, l'abbé Pierre, ce serait pour lui un non-sens dangereux que mettre en accusation le patronat.
Donc le Revenu de Solidarité Active opère un magnifique tour de passe- passe : il ne s'agira pas d'imposer aux employeurs de mieux payer le travail ... mais de compenser des salaires de plus en plus bas par une augmentation des prestations assurées par les collectivités publiques.
En cela le Revenu de Solidarité active n'est pas très éloigné de la philosophie du RMI : ne s'agissait-il pas à l'époque déjà de faire compenser par l'Etat, donc par l'impôt, le désengagement de plus en plus grand des employeurs du financement de l'assurance chômage ?
Enorme différence cependant : il ne s'agit plus de prendre acte du chômage de masse et d'accorder un revenu aussi misérable soit-il déconnecté de ce rapport à l'emploi.
Le revenu de solidarité active est destiné aux travailleurs.
Concrètement le modèle idéal est le suivant : quel que soit le gain salarial de la reprise d'emploi, la collectivité garantit le maintien d'un revenu égal au seuil de pauvreté en cas de reprise d'emploi.
Mais, alors nous diront les optimistes, après tout le Rmiste qui se prête au jeu va y gagner ? En réalité, une expérience de masse déjà menée montre le contraire : les contrats aidés du plan de cohésion sociale de Borloo sont une forme de RSA : le salaire est constitué du montant du minima social versé à l'employeur et reversé au salarié, de suppléments de subventions et d'une infime partie payée par l'employeur.
Deux ans après leur entrée en vigueur, 400 000 personnes se retrouvent dans la situation de chômeurs qui travaillent : leur revenus les placent en effet tout juste au dessus du seuil de pauvreté. Mais leur statut précaire les prive de tous les droits liés au poste de travail, notamment dans la fonction publique. Surtout parce que leur contrat de travail est aussi un contrat d'insertion, c'est non seulement la fin de contrat qu'ils ont à craindre, mais aussi la suspension ou la suppression de l'allocation en cas de démission, considérée comme une rupture du contrat d'insertion. Dans les faits, cette nouvelle caste de travailleurs pauvres se trouve soumise à un double système de coercition : celui exercé classiquement par l'employeur qui profite de la précarité du contrat, mais aussi celui de l'ANPE ou du service de contrôle RMI qui veille d'une part au respect du parcours d'insertion hors emploi (par exemple, lorsque le salarié dépend pour son hébergement du respect d'un "parcours d'insertion"), mais aussi force le salarié à continuer sa recherche d'emploi (dans certains départements, l'ANPE tente ainsi d'imposer à des salariés en CA qui vont être licenciés une période d'EMT -travail gratuit- à la fin de contrat).
Demain avec le Revenu de Solidarité Active, c'est non seulement le minima social qui sera concerné mais aussi les droits connexes (allocation logement, droits au transports, revenu des ayant droit) qui seront menacés en cas de refus d'un emploi imposé mais aussi en cas de sortie de cet emploi.
En effet, Martin Hisrch reprend à son compte une vieille rengaine qui a toujours servi à diminuer les droits et à augmenter le contrôle : Le système est trop complexe , il y a trop de guichets différents , trop de petites aides, trop d'interlocuteurs. Bref, il faut une allocation unique et surtout un guichet unique.
Le RSA serait dans l'idéal un minima unique, calculé pour fondre en un seul revenu dépendant d'une seule administration l'ensemble des allocations et droits connexes qui existent dans un département donné : allocation logement majorée, CMU, exonération de la taxe d'habitation ou d'autres impôts locaux, réductions tarifaires transports...
Si l'idée d'une allocation unique ne n'est pas encore concrétisée sur le terrain, par contre celle du référent unique qui a accès à l'intégralité du dossier de la personne et donc tous les moyens de sanctionner par la privation totale de revenus le refus d'un emploi ou d'une action d'insertion est lui déjà opérationnel dans les départements où s'expérimente le RSA, notamment par le biais des Maisons de l'Emploi. Ce qui s'expérimente aussi, c'est une vieille pratique d'Emmaus avec ses compagnons qui part du principe qu'on ne doit surtout pas verser de l'argent aux pauvres, mais plutôt satisfaire leurs besoins au cas par cas.
Dans les communautés, les compagnons doivent demander le versement de leur RMI à la communauté qui se charge de les loger et de les nourrir mais les prive de tout libre choix dans leurs dépenses. Aujourd'hui de nombreuses CAF procèdent ainsi pour l'APL, obligatoirement versée au propriétaire, les Conseils Généraux adoptent le même systèmepour l'éventuelle aide au transport, ou au paiement des factures EDF. Oui mais, le RSA c'est combien ? A quand la loi qui nous permettra de vérifier que c'est finalement la fin du RMI et encore moins que le SMIC.
Il n'y aura pas de loi de suppression en fanfare du RMI inscrite dans les textes et pas de débat démocratique à l'Assemblée, même si l'adhésion totale de la gauche au projet n'augurait pas de toute façon de grandes oppositions.
Le fin mot de l'histoire c'est "l'expérimentation" : en clair, le Parlement vote une loi dont le contenu est en fait une autorisation de déroger à la loi nationale donnée à une collectivité territoriale ou aux "partenaires sociaux ".
En ce qui concerne le RSA, elle a déjà en partie été votée dans la loi dite du droit au logement opposable : dans celle-ci figure un amendement qui permet aux départements de modeler à leur convenance les contrats d'insertion par l'activité votés depuis 2002. Concrètement, un département peut aujourd'hui choisir de fusionner ou d'aménager le contrat d'avenir, le revenu minimum d'activité, le contrat d'accompagnement dans l'emploi.
Remodeler ou fusionner, c'est évidemment prendre dans chaque contrat les dispositions les plus favorables aux employeurs. Concrètement, cela signifie aussi qu'à travail égal, la situation d'un Rmiste en contrat d'avenir dans l'Oise pourra être rémunérée différemment par rapport à un Rmiste des Côtes d'Armor.
Si l'on ajoute les pouvoirs conférés aux départements dans la gestion du RMI par la loi de décentralisation de 2004, on aboutit finalement pour l'allocataire à une soumission quasi féodale au bon vouloir de tel ou tel président de Conseil Général : cette situation est déjà contraire au principe d'égalité lorsqu'il s'agit de droits connexes, comme les aides EDF ou certaines aides au logement, mais lorsqu'il s'agit d'un RMiste en emploi, ce n'est ni plus ni moins que la destruction d'un droit du travail national, et la difficulté accrue de se défendre pour le salarié : difficulté individuelle, car il devient alors quasi impossible de connaitre l'état du droit applicable, difficulté collective pour un cadre de revendications nationales, ou des moments de défense collective d'un droit menacé .
Mais la situation actuelle ne va pas assez loin pour Martin Hirsh : selon lui, il ne peut y avoir un seul système de cumul allocation salaire pour tous les allocataires. Selon lui, des paramètres locaux peuvent avoir pour résultat une adaptation locale. Actuellement hormis pour les contrats aidés du plan de cohésion sociale, précurseurs nous l'avons vu du type de contrat qu'implique le RSA, la loi appliquée par la CAF est la même partout. Demain, encore une fois un président de Conseil général pourrait décider de la modifier sur son département.
Selon Martin Hirsch, l'égalité devant la loi est un principe dépassé "Le problème de l'Etat, c'est qu'il est coincé dans les règles qu'il s'est lui-même fixées. C'est plus le pouvoir de dire non que le pouvoir de faire. Par exemple, il a confié aux départements la gestion du million d'allocataires du RMI, mais en maintenant des règles uniformes sur les barèmes, les règles juridiques, les conditions de cumul entre le RMI et les salaires quand les gens travaillent un peu." (Interwiew du Monde, 29 mars 2007)
Au final, les millions d'allocataires des minima sociaux de ce pays seraient, avec le RSA, totalement exclus du droit commun, pour être soumis à une multitude d'"expérimentations " qui porteraient sur l'entièreté de leurs parcours : l'entrée dans le RMI, mais aussi le retour à l'emploi.
Quand à la carotte avancée par l'ex-président d'Emmaüs France, à savoir une augmentation de revenu considérable pour ceux qui se prêteraient au jeu, elle n'est qu'illusion : Martin Hirsh chiffre à huit milliards d'euros le coût de son RSA idéal appliqué au territoire national.
Or depuis la décentralisation, l'ensemble des départements, de gauche ou de droite, justifient leur politique de contrôle et de stigmatisation des Rmistes par l'impossibilité de continuer à financer le RMI du fait du désengagement de l'Etat.
Qui peut imaginer que ces départements investissent plus d'argent en aide directe pour les allocataires qui reprennent un emploi ? Comme de coutume, le seul financement envisageable sera celui de subventions aux employeurs, financement qui, lorsqu'il s'agit d'emplois publics, sont en réalité une économie considérable pour les collectivités territoriales : dans les écoles, dans les Conseils généraux, combien de salariés à bas prix en contrat d'avenir ?
Quant à l'Etat, les seuls financements supplémentaires envisageables seront de nouvelles formes de prime pour l'emploi, reconduites annuellement selon le budget : faut-il rappeler que des dizaines de milliers d'allocataires ont été exclus de la prime de retour à l'emploi, grâce au double jeu d'une procédure compliquée d'obtention et de critères restrictifs et variables selon les années ?
Le seul autre financement supplémentaire voté au Parlement depuis 2002 concernant le RMI est la prime de cohésion sociale : celle-ci est une somme attribuée aux départements, proportionellement ... aux nombres d'allocataires du RMI qui sortent du dispositif.
Pour résumer, le Revenu de Solidarité Active n'est pas une nouveauté mais l'aboutissement d'un long processus de destruction du cadre national des minima sociaux, seule garantie de l'égalité des droits et de leur possible extension. Processus de destruction aussi du droit du travail, par la multiplication des contrats dérogatoires. Processus de destruction de l'idée même de statut du salarié, au profit des concepts d'insertion et d'activité.
Il ne s'agit pas d'une avancée qui déconnecterait un peu plus le droit à un revenu du fait d'avoir un emploi. Il s'agit au contraire d'imposer l'obligation d'occuper un emploi sans pouvoir revendiquer aucun droit collectif qui y serait attaché.
En ce sens, les critiques qui en parlent comme d'un pansement sur une jambe de bois ou comme une avancée pas suffisante passent dangereusement à côté du problème : il ne s'agit pas d'un pansement mais d'une gangrène qui va contaminer petit à petit tout le système des droits collectifs.
Demain Martin Hirsch, qui connait bien les vertus médiatiques des images d'Epinal nous présentera, à l'appui de ses projets, quelques projets pilotes pour quelques dizaines de Rmistes heureux et reconvertis (pour combien de temps, le reportage ne nous le dira pas).
Se battre pour contrer la réalité du contrôle et de l'emploi précaire de millions d'autres ne pourra se faire qu'en s'attaquant au fonds de commerce de l'héritier d'Emmaus : la "dignité" par le travail, peu importe le salaire.
Cela passera aussi par le courage de n'avoir rien à proposer de "raisonnable" : les collectifs, les associations de chômeurs et précaires ne sont pas là pour proposer des "solutions acceptables", des modèles "réalistes" dans leur financement dans le cadre d'un système fondé sur l'exploitation maximale de la force de travail où le chômage, indemnisé ou pas, est avant tout une arme de destruction massive du Code du Travail.
Nos propositions doivent être des invitations à la lutte, pour le libre choix de sa vie et de son emploi, pour la construction d'un rapport de force qui permette, pour commencer, que soit garanti à chacun le droit fondamental de voir ses besoins fondamentaux satisfaits.
Demain, nous devrons réapprendre les résistances locales face à telle ou telle expérimentation qui ne dira pas son nom.
Mais face à un Haut Commissaire prêt à donner le statut de partenaire social et les subventions qui vont avec à toute association ou collectif qui acceptera de jouer le jeu, une lutte collective ne pourra émerger que si nous sommes assez forts pour réaffirmer tout ce qui ne sera jamais négociable, assez lucides pour déceler le projet global de société caché derrière le revenu de solidarité active : celui des communautés Emmaüs, celui des utopies du contrôle total des pauvres, celui du travail obligatoire .
Au 17ème siècle on enfermait les pauvres et les fous derrière de hauts murs. Aujourd'hui, les camisoles chimiques et l'insertion-sanction appliquée non seulement au temps d'emploi mais aussi à toutes les sphères de la vie sociale ne visent qu'à nous enfermer dehors, à moindre coût.
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|   | Sarkosy et moi: rien en commun, je vous le dis |
|  Kouchner comme d'hab |  | BERNARD KOUCHNER LE DOCTEUR MEDIATIQUE DES « INTERVENTIONS HUMANITAIRES » « Sarko et les fantomes de Mai 68 » Diana Johnstone
Article publié le 4 juin 2007 sur le site "Counterpunch" : http://www.counterpunch.org/johnstone06042007.html
Kouchner n'est pas « passé à la droite » : il y était déjà durant trois décades. Mais le parti socialiste était bien trop opportuniste pour y prêter attention. Mai 68 fut certainement la dernière fois où nous le vîmes réellement à gauche, après quoi il s'est, dès lors, nourri de cette réputation, ne serait-ce que comme membre du charter de l'élite des media connue sous le nom de « gauche caviar ».
En 1968, Kouchner a bondi dans l'arène politique comme meneur de grève à la faculté de Médecine de l'Université de Paris. Son opposition à l'establishment n'a pas duré longtemps. Quatre mois plus tard il rejoignait l'équipe médicale organisée par le gouvernement français pour procurer une aide humanitaire à la république momentanément sécessioniste du Biafra. Cette mission médicale était la face humanitaire de l'intervention française cachée qui procurait une aide militaire aux rebelles Biafrais cherchant à détacher la région Sud – Est du Nigeria riche en ressources pétrolières .(…)
L'emploi des missions humanitaires pour accroître la sympathie envers une partie du conflit à marqué une rupture franche avec la tradition de la Croix Rouge et son maintien d'une stricte neutralité dans les conflits afin d'avoir un accès aux zones de guerres . (…) Les années 70 furent une décade où un attelage de groupuscules de gauche s'usèrent dans la préparation des offensives anti-communistes menées par les « nouveaux philosophes » , période durant laquelle Kouchner découvrit l'utilité extrême du catastrophisme journalistique. L'apogée survint en 1979 quand il rejoignit avec les nouveaux philosophes la geste des « bateaux pour le Vietnam » . Attirant l'attention des media sur les conditions critiques des « boat people « vietnamiens, fuyant la misère économique de leur pays ravagé, les humanitaires français n'ont pas apporté une grande contribution à la résolution de la longue souffrance des Vietnamiens. Cependant ils ont trouvé la voie acceptable pour dénoncer ce qu'ils ont appelé le « goulag vietnamien », ceci en détournant la sympathie exprimée pour le Mouvement de libération nationale qui s'était gagné l'admiration universelle durant sa résistance à la guerre US.
Ignorant les conditions économiques atroces causées par des années de bombardement U.S, les gesticulations furent un pas signifiant dans la « redéfinition » de la « gauche » comme activement et et uniquement concernée par les droits de l'homme sans considération pour le contexte. Ce n'était pas un hasard si ceci coincidait avec la « campagne des droits de l'homme que menaient Carter et Brzezinski pour remonter le standing moral U.S après le désastre vietnamien. Cependant , l'exploitation par Kouchner de son role comme co-fondateur de Médecins Sans Frontières à des fins de crédibilité de sa propagande politique ne fut pas sans entraîner de sauvages ruptures au sein de l'organisation. Kouchner a quitté MsF pour créer un groupe rival, Médecins du Monde , qui a poursuivi la ligne de Kouchner et épousé la doctrine d' « intervention humanitaire » incluant les interventions militaires . (….) Pour Kouchner, le fait que « un role historique » soit basé sur des falsifications ne mérite que l'admiration. La guerre de désintégration de la Yougoslavie fut l'occasion idéale de mettre en pratique la doctrine qui est devenue sa marque de fabrique – celle de l'intervention « humanitaire ».
Ceci coincide parfaitement avec le besoin des USA de fournir à l'OTAN une doctrine post-guerre froide permettant aux alliances militaires de survivre et de s'étendre. La doctrine a connu sa pleine expansion en Mars 1999 quand l'OTAN a commencé ses deux mois et demi de bombardements de la Yougoslavie. Pour récompense Kouchner a reçu le poste de Haut commissaire de la MINUK chargé de l'administration civile du Kosovo occupé. (…) Kouchner est un humanitaire sélectif . Les victimes qui éveillent son indignation sont toujours celle susceptibles de servir les intêrets impériaux français ou Etats Uniens : Les Biafrais, les Vietnamiens non-communistes, les Albanais du Kosovo. Il ne s'est jamais excité sur les ravages touchant les victimes Nicaraguayennes des tueurs Contras soutenus par les USA, ni par le nettoyage ethniques des Serbes et des Gitans dans le Kosovo qu'il administrait, encore moins par les victimes Palestiniennes du nettoyage ethnique par Israel (…)
Il n'est donc pas surprenant qu'à la suite de sa nomination comme ministre des Affaires Etrangères, Médecins Sans Frontières aient publiquement sommé Kouchner de cesser de brandir ce nom comme mode destiné à lui donner une « fiabilité » humanitaire. En réalité, Kouchner a depuis longtemps cessé d'être autre chose qu'un propagandiste des interventions sélectives. La perspective de voir ce chasseur de publicité devenir Ministre des Affaires Etrangères de la France est à la fois comique et alarmante. On ne sait s'il faut rire ou pleurer. Si quelqu'un a besoin de justifier une intervention militaire , Kouchner est son homme. S'il avait dirigé le Quai d'Orsay en Mars 2003, sa contribution à la débâcle en Irak aurait été de conseiller à Georges Bush de laisser tomber le canular des « armes de destruction massive » et de mener sa guerre au nom « des droits de l'homme » , afin de « se débarrasser du dictateur Sadam Hussein » . C'est au moins ce qu'il n'a cessé de répéter depuis .Kouchner pense que c'est une honte que G.W. BUSH ait utilisé un faux prétexte pour détruire l'Irak. Il a même blâmé la France pour avoir accéléré l'intervention des USA en brandissant la menace d'un veto de Nations Unies. Il ne lui vient pas à l'esprit que la bande Wolfowitz- Cheney considère que paniquer le peuple américain avec l'illusion de « l'autodéfense » étaient bien meilleurs que son appel à l'altruisme. En tous cas, l'Irak est en ruine ce qui ne semble pas perturber le plus célèbre carriériste humanitaire de France. (…) Kouchner ne doit sa popularité dans le public que grâce aux soins apportés à son image médiatique qui n'a jamais été soumise à une enquête publique testant sa réalité.
Kouchner serait une figure comique mais son comique cache deux tragédies. L'une est la tragédie concernant l'espoir de changements sociaux qui a fleuri en Mai 68 et qui s'est vu anéanti 40 ans plus tard par l'alliance entre Sarkozy qui les rejette et Kouchner qui en est leur parodie. L'autre est la tragédie de ce que la politique étrangère de la France aurait pu et devrait être et dont on eu un bref aperçu, le 14 Février 2003, durant le discours de Dominique de Villepin au Conseil des Nations Unies. Contrairement aux usages et aux coutumes l'Assemblée de l'ONU éclata en applaudissements. Il apparu, durant un instant, que la France pourrait être la voix de la raison, du réalisme, de la paix pour un monde meilleur. La France fut telle et l'on avait désespérement besoin qu'elle fut ainsi.
Mais ce que nous avons obtenu n'est qu' un caniche de plus. |
|  ni pute, ni soumise, non arriviste sarkosyenne seulement |  | adéla Amara, secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy
Beurette socialiste à vendre
de Vincent Geisser, Aziz Zemouri
En 2002, on attendait Malek Boutih, président de SOS Racisme, comme secrétaire d'Etat d'un gouvernement de droite. Après avoir longuement hésité, il n'avait refusé que d'un « chouia », car Monsieur voulait un ministère et pas un simple secrétariat d'Etat, le PS surenchérissant sur l'offre droitière en le cooptant du jour au lendemain au secrétariat national du parti « aux questions de société ».
C'est donc finalement une autre « créature exotique » de Julien Dray (porte parole du PS), Fadéla Amara, présidente des « Ni putes ni soumises », qui fait son entrée, en 2007, dans le 2ème gouvernement de l'ère Sarkozy. A croire, qu'aujourd'hui, la politique de la diversité pratiquée par la direction du Parti socialiste consiste principalement à former des « Beurs sur-mesure » pour le compte de la droite. Le PS, « université sécuritaire » pour Beurs et Beurettes en mal de notoriété ?
Une évolution de carrière somme toute logique quand on sait que SOS Racisme et les NPS ont contribué à légitimer ces dernières années un discours catastrophiste et islamophobe sur les banlieues, en totale harmonie avec la rhétorique sécuritaire de Nicolas Sarkozy. Pour comprendre, cette nomination « surprise » - qui, en réalité, n'en est pas une, - la rédaction de Oumma.com a choisi de publier un extrait de l'ouvrage d'Aziz Zemouri et Vincent Geisser, Marianne & Allah, La Découverte, 2007, qui aborde précisément le « cas Fadéla Amara ».
Les créatures exotiques de « Juju » : des antidotes laïques pour « banlieues islamiques »
Malek Boutih, entré à SOS-Racisme dès sa création en 1984, en devient président en 1999 (jusqu'en 2003). Fadéla Amara, l'une de ses proches, est élue à la tête de la Fédération nationale des maisons des potes (FNDMP) la même année. En avril 2003, cette dernière lance officiellement le mouvement des « femmes de quartiers » sous l'intitulé « Ni putes ni soumises ».
En juin, Malek Boutih est nommé secrétaire national du PS chargé des questions de société. Mais au-delà de la similarité des trajectoires et de leurs liens personnels – qui ne présentent guère d'intérêt pour notre analyse –, les deux leaders associatifs sont emblématiques d'une évolution sécuritaire de certains « Beurs socialistes », qui vont être conduits progressivement à instrumentaliser la question de l'islamisation des banlieues à la fois comme cheval de bataille associatif et comme ressource de légitimité individuelle auprès des pouvoirs publics[1].
Dès lors, les deux « protégés beurs du PS » adopteront une posture qu'ils sauront faire fructifier : se présenter comme des « musulmans modérés » – aucun des deux ne déclare d'ailleurs ouvertement son agnosticisme ou son athéisme – pour mieux faire passer leur vision caricaturale et anxiogène de l'activisme musulman dans les quartiers populaires.
Leur discours a d'autant plus de portée auprès des instances dirigeantes du PS qu'ils se présentent comme des « enfants des banlieues », ayant directement vécu la montée de l'islamisme et ses effets ravageurs sur la jeunesse issue de l'immigration – à l'instar de ces élites indigènes sous l'Algérie française qui prétendaient « mieux connaître » leurs coreligionnaires musulmans. Cette problématique de la supériorité-intimité ne renvoie plus au complexe idéologique de l'instituteur socialiste face à son élève musulman, mais davantage à celui de l'indigène éclairé et émancipé par rapport à ses coreligionnaires obscurantistes : j'ai vécu, j'ai vu, je m'en suis sorti et, donc, je suis en droit de vous dire que… les islamistes sont en train de conquérir les banlieues de l'Hexagone.
Un sarkozysme de « gauche » : une vision sécuritaire des quartiers « impopulaires »
Il est vrai que, de manière complémentaire, Malek Boutih et Fadéla Amara ont largement contribué à diffuser et à légitimer dans les instances du PS et chez les sympathisants socialistes une représentation sécuritaire des banlieues françaises qui n'a plus rien à envier désormais aux discours de droite et d'extrême droite. Ainsi Malek Boutih, en mai 2002 : « Les violences, les chambres de torture dans les quartiers : on ne voit pas qu'on a affaire à des barbares, et non pas à de pauvres paumés. Je ne parle pas des adolescents qui traversent une période de trouble. Je parle de ceux qui font profession de leurs actes de barbarie, qui en vivent bien et qui sont assez structurés et intelligents pour jouer sur le sentiment de culpabilité des autorités. On n'a pas voulu voir que des petits Le Pen étaient en train de pousser dans les quartiers[2]. »
En pratique, le discours de SOS comme celui des NPNS aboutissent à renverser la hiérarchie des dangers pour la cohésion nationale et le modèle républicain : à leurs yeux, l'ennemi politique, ce n'est plus le Front national (composé finalement de « bons Français » égarés), mais d'abord les « islamistes » – il faut entendre par là l'UOIF et Tariq Ramadan. Le 6 février 1990, alors qu'il n'est encore que vice-président de SOS-Racisme, Malek Boutih déclare sur TF 1, dans l'émission ludique « Ciel mon mardi » : « L'extrême droite, en France et ailleurs, tous courants confondus, ne représente pas de quoi remplir une cabine téléphonique[3]. » Cécité ou stratégie politique ? Dix ans plus tard, Malek Boutih et Fadéla Amara récidivent en montrant que le « véritable fascisme » n'est pas celui que l'on croit (le FN, le MNR ou le mouvement de Philippe de Villiers), mais, en premier lieu, les « islamistes ».
On doit notamment à la présidente de NPNS le succès médiatique de la formule du « fascisme vert » pour désigner les nouveaux activistes musulmans dans les banlieues françaises et en particulier les filles portant le foulard islamique : « À propos du voile, affirme-t-elle en 2004, je peux définir trois catégories de femmes qui le portent. Il y a d'abord les filles qui le revêtent pour se protéger de la violence des cités. Il y a ensuite celles qui sont en crise d'adolescence et qui se cherchent une identité. Il y a enfin celles que je déteste : les soldates du fascisme vert, couleur de l'islam [souligné par nous]. Ce sont des femmes cultivées, diplômées et très structurées dans leur pensée. Elles sont des militantes de terrain efficaces, sillonnent les cités, vont chez les familles pour délivrer leur discours. Nous, on est en train de faire la même chose, on passe derrière[4] ! »
Ce reproche d'être « cultivées » adressé à de jeunes Françaises voilées peut apparaître comme contradictoire, sinon paradoxal, dans le discours des NPNS, qui prônent l'émancipation des filles des cités par l'école républicaine. Mais à y regarder de plus près, on retrouve là l'une des ambivalences fondamentales de la gestion indigène ou néo-indigène des « populations musulmanes » : l'émancipation ne peut se faire que selon des normes culturelles et idéologiques préalablement définies par le système dominant. La femme cultivée et universitaire, revendiquant pleinement sa foi et sa pratique musulmanes et, qui plus est, fréquentant régulièrement des organisations islamiques, ne peut être qu'une « rebelle », ou pire, une « apprentie terroriste ».
La suite de l'histoire vous la connaissez désormais : Fadéla Amara a été intronisée par le Roi-Président, Nicolas Sarkozy, et Malek Boutih attend toujours son heure de gloire.
Vincent Geisser, Aziz Zemouri, Marianne & Allah. Les politiques français face à la « question musulmane », La Découverte, 2007, p. 146-48.
[1] Sur les ressorts de l'irrésistible ascension politico-médiatique de Fadéla Amara et des dirigeants de NPNS, voir les révélations de l'enquête de Stéphanie Marteau et Pascale Tournier, Black, Blanc, Beur.La guerre civile aura-t-elle lieu ?, Paris, Albin Michel, 2006.
[2] Malek Boutih, interview dans L'Express, 9 mai 2002.
[3] Cité par Serge Malik, Histoire secrète de SOS-Racisme, Paris, Albin Michel., 1990, p. 174.
[4] Fadéla Amara citée par Céline Boff, « Les "Ni putes ni soumises" ouvrent un bureau à Lyon », Lyon Capitale , n° 463, 11 février 2004.
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|   | comment on les a n.... les français ! |
|   | t'as de beaux yeux ru sais ! c'est quelle marque tes talonettes ? |
|   | ben te nous on trinque ? |
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